Le chant des lions
Octobre 1933 : Germaine Sablon, chanteuse en quête de lumière, rencontre Joseph Kessel, aventurier tourmenté. La guerre bouleverse leur amour, mais il en naitra le fameux Chant des partisans. Histoire d’amour oubliée qui a changé l’Histoire, Le Chant des lions mêle avec puissance amour, mémoire et Histoire.
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Germaine Sablon, chanteuse au tempérament de fer
Née Germaine Berthe Sablon le 19 juillet 1899 au Perreux-sur-Marne, elle grandit dans une famille d’artistes : son père Charles Sablon et son frère André étaient compositeurs, un autre frère, Jean, est devenu un chanteur très célèbre dans les années 1930-1950, et un troisième frère, Marcel, dirigeait les Ballets de Monte-Carlo.
Elle commence très jeune, dès 1915, une carrière de chanteuse d’opérette, avant de devenir actrice dans plusieurs films muets à partir de 1919. Sa carrière connaît ensuite une interruption : elle se marie deux fois, divorce deux fois, et devient mère de deux fils.
C’est au début des années 1930 qu’elle relance sa carrière artistique. Elle enregistre plusieurs disques — notamment Mon légionnaire, un titre que reprendra plus tard Édith Piaf — se produit sur scène et tourne dans quelques films, dont La vie parisienne (1935) et Si tu reviens (1938). Ses enregistrements de l’époque, réalisés pour Columbia entre 1932 et 1936, comptent des duos et solos vocaux accompagnés d’ensembles instrumentaux. Elle est alors connue pour un succès intitulé Ici l’on pêche.
C’est en 1935 que Katia, l’épouse de l’écrivain Joseph Kessel, la présente à ce dernier. Kessel est conquis par sa voix, tour à tour câline, tragique ou joyeuse, et une relation amoureuse durable — près de dix ans — commence entre eux.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Germaine Sablon rejoint Londres et s’engage dans la Résistance contre le nazisme. Joseph Kessel, accompagné de son neveu Maurice Druon, écrit les paroles françaises du Chant des partisans, qu’elle enregistre en 1943 — devenant ainsi la première interprète de ce chant qui deviendra l’hymne de la Résistance française. Jusqu’à la fin de la guerre, elle sert également comme infirmière.
Elle poursuit une carrière au cinéma jusque dans les années 1950 — au total une quinzaine de films entre 1920 et 1956 — avant de s’éteindre le 17 avril 1985 à Saint-Raphaël, à l’âge de 86 ans.
Souvent restée dans l’ombre de son frère Jean, crooner très populaire, Germaine Sablon a pourtant mené une vie marquée par un fort tempérament et un engagement sans demi-mesure, entre chanson, cinéma et résistance.
Joseph Kessel, l’infatigable témoin d’un siècle
Joseph Kessel naît en 1898 à Villa Clara, en Argentine, de parents juifs originaires de Lituanie. Après un passage par la Russie, la famille s’installe en France, où il fait ses études au lycée Louis-le-Grand, puis obtient une licence de lettres. Il devient journaliste et grand reporter, un métier qui le conduit aux quatre coins du monde et nourrira toute son œuvre.
Aviateur pendant la Première Guerre mondiale, il en tire son premier roman marquant, L’Équipage (1923). Reporter infatigable, il couvre la révolution russe, la guerre d’Espagne ou les débuts du sionisme en Palestine. Il publie Belle de jour en 1928, plus tard adapté au cinéma par Luis Buñuel.
Dans les années 1930, il rencontre Germaine Sablon, chanteuse et comédienne, sœur du chanteur Jean Sablon. Elle devient sa compagne, et leur relation se prolonge durant plusieurs années, au gré des voyages et des engagements de l’écrivain. Quand la guerre éclate, tous deux s’engagent du côté de la liberté.
Kessel rejoint la France libre à Londres, où Germaine Sablon, engagée comme infirmière et agent de liaison, le retrouve. En 1943, avec son neveu Maurice Druon, il écrit les paroles du Chant des partisans, sur une musique d’Anna Marly. Germaine Sablon en est l’une des toutes premières interprètes, et sa voix contribue à faire de ce chant l’hymne de la Résistance. La même année, Kessel publie L’Armée des ombres, roman consacré aux réseaux clandestins.
Après la guerre, il poursuit une œuvre abondante, entre reportage et fiction : Le Lion (1958), Les Cavaliers (1967). Élu à l’Académie française en 1962, il meurt en 1979, laissant le souvenir d’un grand voyageur et d’un témoin engagé de son siècle, pour qui le journalisme n’a cessé de nourrir la littérature.
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