Simon Mimoun – Debout sur le Zinc, l’art de durer

Trente ans après sa création à Rambouillet, le groupe de chanson française Debout sur le Zinc se produira à La Lanterne cet automne pour les 10 ans du pôle culturel. L’occasion de revenir sur le parcours de Simon Mimoun, un de ses fondateurs, mais aussi sur les ingrédients d’une aventure musicale qui, du territoire rambolitain aux scènes françaises et internationales, n’en finit pas de durer.

Publié le – Mis à jour le

Agrandir l'image, fenêtre modale
©VilledeLonsleSaunier

Nul besoin de guider Simon Mimoun pour notre rendez-vous fixé à La Lanterne. Le chanteur, compositeur, violoniste et trompettiste de “Debout sur le Zinc” connaît bien le chemin. Du pôle culturel d’abord, où ce groupe de chanson française aux accents folk/rock – maniant à eux six plus d’une vingtaine d’instruments a effectué des résidences d’artiste et s’apprête à se produire le 3 octobre, dix ans après avoir inauguré la première programmation de ces lieux.

Rambouillet, phare d’attache

Mais plus encore de Rambouillet qu’il aime tant et dont il vante l’esprit particulier « entre ville et campagne ». C’est ici qu’il a fait toutes ses classes, comme ses enfants aujourd’hui, de l’école de La Louvière au lycée Bascan où débute l’histoire du groupe. « Rambouillet ça a toujours été la ville à atteindre pour moi, peut-être parce que je suis un gars de la campagne et que c’est là que tout se passait » sourit-il avec cette énergie douce qui semble masquer une timidité savamment domptée.

À 52 ans, alors qu’il revient d’un été de création et de concerts à travers la France pour promouvoir le 11e album du groupe (Mémoire Electrique), Simon savoure toujours la chance de vivre, depuis plus de 30 ans, de sa passion. Rien ne l’y prédestinait pourtant. Ni ses rêves d’enfant, ni le terreau familial duquel aucun musicien n’avait jusqu’alors germé. Jusqu’à ce que ses parents découvrent que le violon l’apaise et l’inscrivent à une petite école de musique. Une révélation pour le petit garçon qui s’avère très doué. Hors de question pourtant de rêver d’en faire son métier. « C’était trop loin de la culture familiale, je me voyais instit, comme mon père, ou ingénieur, je n’avais aucune imagination. Et puis en tant que fils de rapatrié, l’école et les études avaient une place très importante ».

Une aventure collective

Au début des années 90, alors qu’il joue à la fête de la musique de Rambouillet, une rencontre va tout changer. « J’ai vu arriver un grand type tout en noir, j’ai pensé qu’il allait me casser la figure mais il m’a dit qu’il espérait qu’on se retrouve ensemble au lycée ». Le « métalleu », Olivier Sulpice, est passionné de banjo. Ensemble ils jouent du folk irlandais, répètent le samedi dans une salle de Bascan et font leurs premiers concerts. Au lycée, ils rencontrent un autre duo tourné vers le rock, Christophe Bastien – membre fondateur et chanteur qui a depuis quitté le groupe – et Cédric Emolieff, actuel batteur, avec qui ils fusionnent joyeusement. “Debout sur le zinc”, en référence à une chanson de Prévert et aux petits bars dans lesquels ils commencent à jouer, est né. « On a été aidés par beaucoup de structures locales, en particulier la MJC. C’est dans sa cave qu’on a commencé à répéter en 1995, là-bas qu’on a enregistré nos premières démos sur des cassettes et joué en première partie des Têtes Raides, un véritable tremplin ».

Alors que les concerts s’enchainent, Romain Sassigneux, chanteur, compositeur et clarinettiste actuel, rejoint l’aventure. En 1999, tout s’accélère avec la sortie de leur premier album Debout sur le Zinc salué par la critique, séduite par l’univers bigarré du groupe à la croisée de plusieurs genres musicaux, tout à la fois, festif et mélancolique, accessible et poétique.

Potion magique

Trente ans plus tard, plus de 3 000 concerts, onze albums, et deux nouveaux membres – Thomas Benoit (contrebasse et trombone) et Chadi Chouman (guitariste) au compteur, l’incroyable métissage du groupe, remplit toujours les salles. La recette de ce succès ? « Je préfère parler d’un exploit de longévité ! », nuance Simon. “Debout sur le Zinc” a traversé les décennies, se réinventant sans se renier. Le tout porté par une écoute mutuelle « comme dans un couple », une « même idée de la qualité de l’artisanat » qu’ils produisent mais aussi par le soutien d’un public indéfectible. Des fans qui ont dansé, chanté, grandi avec eux et qui viennent parfois, après les concerts, déposer des tranches de vie intimes dont leurs chansons sont devenues la bande son. « On crée des morceaux pour décrypter des sentiments, des moments, qu’on ne peut pas raconter autrement qu’en musique. Boris Vian comme Jacques Prévert nous ont beaucoup inspirés ». Après un album et un livre-CD jeunesse consacré au premier, le groupe prépare pour 2027 un spectacle musical autour du second Prévert, et la fête continue.

En parallèle, Simon compose des comédies musicales pour la jeunesse – notamment Flash bien connu des écoliers rambolitains – et intervient dans les établissements scolaires. Celui qui pensait devenir instituteur, est finalement devenu aussi à sa manière un passeur de musique et d’émotions.

Interview réalisée par Pauline Leduc pour Rambouillet Infos