Le spectacle
Sono io ? est une tentative de se (re)trouver entre un père et un fils. Au travers de leur amour partagé de la musique et du jeu, ils jettent un pont entre leurs points communs et leurs différences. Le père semble embourbé dans son passé, désespérément à la recherche d’une sensation d’extase immémoriale qui s’est évanouie, qu’il pouvait uniquement susciter en présence d’un public. Un public déjà absent depuis si longtemps qu’il ne doit même plus quitter le plateau ; comme un fil conducteur, l’attrait de la scène colore toujours davantage sa vie de tous les jours. Le fils cherche comment réconcilier les deux univers qu’il affectionne : celui du cirque traditionnel que créait son père et le monde qui l’entoure. Un fils est-il toujours un fils lorsqu’il ne se reconnaît plus dans une identité maintenue depuis si longtemps ? Sono io ? (« C’est bien moi ? ») est une quête de retrouvailles – entre un père et un fils, entre l’acteur et le public, entre vieilles gloires et nouvelles possibilités.
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Les personnages
Les personnages de Sono io ? sont une symbiose de Danny et Pepijn, un père et son fils, et de deux clowns. La présence de ces différents niveaux narratifs, en partie joués et en partie autobiographiques, crée un nouveau type de profondeur où les personnages peuvent partir en quête d’eux-mêmes et l’un de l’autre. L’abattement du père et la fin de la carrière qu’il a toujours connue ont pris un nouveau sens en raison de la crise du Covid. Soudain la figure de l’artiste sans travail qui veut se cramponner à la vie qu’il mène depuis toujours est devenue familière à tout le monde. À côté de lui se voit un fils qui parvient à tenir tête grâce à la vigueur de sa jeunesse et qui cherche à savoir comment naviguer l’existence qui l’attend. Les personnages des deux clowns ont pris plus d’épaisseur au cours et à cause de la période du Covid, pendant toutes ces journées rappelant un peu En attendant Godot de Samuel Beckett. Ici, un père et son fils s’essaient, en solitaire, sans aide extérieure, à quelque chose qui n’aura peut-être plus aucun sens demain.
Les mots du fils
« Il était toujours mon père, mais différent. Il y avait encore une étincelle de passion dans son regard, un feu qui chez quelqu’un d’autre se serait déjà éteint. Son visage s’illuminait quand il ressassait une fois de plus son passé, mais ce visage était maintenant marqué de rides profondes et de cernes foncés. Quand on voyait surgir un trace ultime de sa gaieté fulgurante, elle était dépourvue de la vivacité alerte avec laquelle il peaufinait auparavant la précision de ses mouvements. Il avait été un grand homme, source d’inspiration pour tant d’autres. Il savait susciter des éclats de rire et des torrents de larmes comme si de rien n’était. Mais ce n’était pas rien. C’était tout pour lui. Il s’était tracé opiniâtrement une voie, pour lui-même et pour nous. À mes yeux, il a toujours semblé aussi âgé et important. Pour moi, il a toujours été un grand homme. Et pourtant, même à l’époque, je voyais déjà tout cela couver en lui. » « Il arrive un moment où un fils réalise que son père aussi n’est qu’un homme. Presque en même temps, j’ai découvert le monde en dehors du cirque. Tout à coup je n’étais plus le jeune fils d’un grand homme, le fils qui marchait dans ses pas. Je traçais ma propre voie, qui m’a rapidement placé devant le choix entre le cirque et le monde extérieur. Le cirque possède une singularité indomptable. Les familles circassiennes existent entre les mailles du filet. Plus je voyageais loin et plus je me sentais indissociablement lié à ce que mon père, et son père avant lui, avaient créé. Ça circulait dans mes veines. J’apprenais d’innombrables nouveautés et continuais inconsciemment à me battre contre nos ressemblances. Puis je suis revenu et, en entrant sous le chapiteau, j’ai repris sans me retourner mon rôle de fils. Même si ce rôle m’était à présent étranger. »
Les mots du père
« Il ne reste plus qu’à attendre qu’arrive quelqu’un pour annoncer une bonne nouvelle qui redonne des couleurs et du sens à tout. Jusqu’à ce moment-là, le temps passe… Et le temps donne aussi naissance au chaos, justement parce que c’est permis. Pourtant, la solitude a un avantage, elle vous aide à relativiser. C’est utile de voir que la culture et la nature doivent rester en équilibre. Qu’un arbre porte en lui autant de beauté que le plus bel acteur ou le meilleur danseur. Maintenant c’est la nature qui a la main sur le temps ; après, ce sera de nouveau à moi. » « La solitude, ça veut dire du temps. Le temps qui donne du temps. Du temps pour s’immobiliser. Du temps pour abandonner. Du temps pour mourir l’espace d’un instant… et c’est permis. Du moment que je me réveille à temps, au cas où quelqu’un achetait malgré tout un billet pour venir me voir. Serais-je toujours le même virtuose à ses yeux ? Mon aspiration à la beauté coïncide-t-elle toujours avec les souhaits du public ? À présent mes rêves d’enfant ébranlent tout le sens de mon existence. Car je ne suis rien de plus qu’un clown, et sans public je ne représente rien. » « Mon fils… Je me reconnais dans ton regard. Le moindre de tes gestes semble être l’un des miens. Quand je te regarde, je me vois. Mais tu es plus léger. Sans rien faire, tu soulignes ma propre lourdeur. Tu m’obliges à ne pas sombrer dans un océan de pure évasion. Je veux être là pour toi. Je veux être grandiose. Non seulement en tant qu’artiste, mais aussi comme père… »
La famille Ronaldo et le cirque: 180 ans d’histoire
Le périple de la famille Ronaldo a commencé en 1842 quand un Gantois de quinze ans, Adolf Peter Van den Berghe, a quitté le foyer paternel pour rejoindre un cirque ambulant.
Les deuxième et troisième générations ont supprimé les numéros équestres et l’appellation de « cirque », pour devenir un théâtre nomade proposant des spectacles de bravoure proches de la commedia dell’arte. La quatrième génération s’est fait un nom dans le théâtre de variétés et les comédies musicales d’après-guerre et, bien sûr, à nouveau dans le cirque…
En tant que représentant de la cinquième génération, Johnny Ronaldo a créé en 1971, en collaboration avec son frère et son oncle, une nouvelle compagnie présentant des spectacles dotés de tout le glamour typique des années 1970, d’abord sous le nom de Circus Ricardo, avant de se rebaptiser un peu plus tard Circus Ronaldo.
David et Danny Ronaldo, qui composent la sixième génération, ont rétabli l’équilibre entre le théâtre et le cirque. Au début des années 1990, ils ont progressivement réuni autour d’eux un groupe hétérogène de jeunes artistes associant un jeu naïf innovant à l’esprit traditionnel ancien. Petit à petit, Circus Ronaldo a conquis les coeurs d’un public épaté, toujours plus nombreux, et est devenu un chef de file d’une nouvelle génération circassienne en Europe. Le petit cirque familial s’est métamorphosé pour devenir une compagnie novatrice mariant dans ses spectacles les clowneries, l’acrobatie, le théâtre de marionnettes et la commedia dell’arte.
Entre autres avec ses spectacles Commediantentheater, Lazzi, Brick a Barak, Fili, La Cucina dell’Arte, Circenses, Amortale et Fidelis Fortibus, Circus Ronaldo s’est produit – et continue à se produire – lors de festivals du cirque et de théâtre en Belgique et ailleurs.
Avec Pepijn et Nanosh, c’est la septième génération qui entre en piste, entourée et soutenue par un groupe de personnes exceptionnelles. Pepijn a d’abord suivi des cours de cirque à Louvain, puis une école de théâtre à Bruxelles. Il monte à présent Sono io? avec son père. Nanosh Ronaldo a créé Swing, un spectacle ouvrant la porte à une nouvelle génération d’artistes circassiens.
L’authenticité et la justesse de Circus Ronaldo ont également incité divers créateurs de théâtre à s’engager dans des collaborations avec la troupe. L’Ensemble Leporello et l’Opéra de Nantes ont engagé Danny Ronaldo pour leur spectacle acclamé Minnevozen / Galantes scènes. Pour hetpaleis & De Nwe Tijd / Freek Vielen, Danny Ronaldo a tenu le rôle de La Mort dans Doe de groeten aan de ganzen, ce qui lui a valu une nomination au prix du meilleur acteur de l’Acteursgilde flamande. La Compagnie Cecilia a créé en coproduction avec Ronaldo le spectacle Ensor, dans une mise en scène d’Arne Sierens.
Après une histoire familiale de plus d’un siècle, Circus Ronaldo est à présent Ambassadeur culturel de la Ville de Malines et de Flandre, et Danny a reçu le Prix « Ultima voor Circuskunst », la récompense suprême du monde circassien attribuée en Flandre. La compagnie jouit d’une renommée internationale, comme en témoignent entre autres le Prix de la Culture de la Ville de Barcelone en 2017 et la nomination au prix de la meilleure production du Theaterfestival BE/NL 2016. De plus, les Ronaldo sont invités lors de colloques, en Belgique et ailleurs, en tant que représentants de l’art circassien et spécialistes en la matière.
Malines est leur port d’attache. Leur lieu de travail permanent est installé à Duffel et Koningshooikt, où sont entreposés les camions et les roulottes, les chapiteaux et tout l’arsenal d’accessoires ; c’est là qu’ils créent leurs nouveaux spectacles. Dans une quête incessante de magie circassienne et théâtrale, dans la symbiose naturelle du jeu et de la vie fusionnent aujourd’hui le dynamisme primesautier et l’expérience et la sagesse vécues ; ainsi s’épanouit l’univers singulier de Circus Ronaldo.
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